Nouveaux défis


Nous commençons un nouveau chapitre à la ferme. Lorsque nous avons arrêté de cultiver des champignons, cela nous a toujours semblé être une pause temporaire, un moment pour prendre du recul et réfléchir à la direction que nous voulions prendre. Car même si nous adorons cultiver des champignons, nous avions l’impression que la seule façon de rendre cette activité financièrement viable était de grandir. Et c’est justement ce que nous ne voulions pas : créer une grande entreprise de champignons, mais plutôt faire des champignons une partie de la diversité de la ferme. Nous avons compris que la question n’était pas tant de savoir comment produire davantage de champignons, mais plutôt comment les intégrer dans le type de ferme que nous voulions construire. Nous ne voulons pas qu’un seul produit définisse la ferme. Nous voulons au contraire que plusieurs petites activités forment un ensemble : les légumes, les champignons, le jardin-forêt, les produits transformés et, qui sait, encore d’autres choses par la suite. Cela rend la ferme non seulement plus variée, mais aussi plus résiliente. Une culture qui ne fonctionne pas bien ne signifie pas automatiquement une mauvaise année de récolte. Ce ne sera peut-être pas un modèle qui nous permettra de grandir rapidement, mais nous espérons qu’il correspondra à la ferme et au mode de vie que nous voulons construire.
Pendant un an, nous avons pris du recul et laissé grandir toutes sortes d’idées dans nos têtes. Peu à peu, toutes ces idées un peu folles se sont réunies pour former une direction qui est devenue de plus en plus concrète pour nous. À partir de 2027, nous allons donc recommencer à cultiver et à vendre des champignons. Ils sont tout simplement trop bons pour ne pas faire partie de notre histoire. Et je pense qu’ils peuvent jouer un rôle bien plus important qu’on ne le pense aujourd’hui dans la transition vers une alimentation plus durable. Mais nous ne revenons pas seulement aux champignons. Nous allons également commencer à vendre des légumes et, petit à petit, davantage de produits issus du jardin-forêt trouveront leur chemin vers la vente. Même si, pour ces derniers, il faudra encore leur laisser le temps de pousser. Nous voulons associer des cultures plus traditionnelles à des plantes comestibles moins connues et nouvelles. Pas seulement parce que nous les trouvons intéressantes, mais aussi parce que nous aimerions donner aux gens l’occasion de les découvrir. Quel goût a vraiment un yacon ou un oca ? Que peut-on en faire ? Et pouvons-nous nous inspirer les uns les autres ? Des plantes comme le yacon et l’oca, des légumes-feuilles particuliers ou encore des fleurs comestibles : certaines de ces cultures susciteront probablement autant de questions qu’elles ne produiront de légumes.
Nous organiserons un rendez-vous de vente hebdomadaire à la ferme, mais nous voulons que ce soit bien plus qu’un simple moment pour acheter des légumes. Il doit aussi y avoir de la place pour les rencontres et les échanges. Dehors, à l’ombre devant la maison, ou bien au chaud et à l’abri dans la grange lorsqu’il pleut. Un moment où l’on ne vient pas seulement acheter ses légumes, mais où l’on peut aussi prendre le temps de rester un peu. Un endroit où l’on trouve non seulement ses légumes, mais, nous l’espérons, aussi les autres.
Et parce que nous ne voulons pas que la ferme devienne une petite île isolée, nous avons également choisi d’être présents une fois par semaine sur le marché du village. Ce n’est pas le plus grand marché, mais c’est celui de notre village. Faire découvrir de nouvelles cultures, échanger des recettes et montrer que choisir une alimentation locale et cultivée avec soin en vaut la peine : c’est aussi cela que nous aimerions partager.
Je rêve que la ferme devienne bien plus qu’un simple endroit où l’on vient acheter des légumes. Un lieu où les gens se retrouvent, où l’on partage des repas et où la transition vers une alimentation plus durable prend forme dans la pratique. Pour nous, cette transition ne concerne pas seulement les kilomètres parcourus par les aliments ou la quantité d’emballages utilisés. Elle concerne aussi la biodiversité, des sols vivants, la production locale et le fait de retrouver et de transmettre des connaissances autour de notre alimentation. Car choisir une alimentation locale et cultivée avec soin ne concerne pas uniquement l’endroit où l’on fait ses courses. Il s’agit aussi de redécouvrir tout ce qui peut pousser autour de nous, la diversité de notre alimentation et le plaisir que l’on peut trouver à manger ensemble et à partager nos connaissances. Mais commençons déjà par les légumes. Le reste devra pousser naturellement au fil des prochaines années.
Le printemps semble encore loin, mais pour moi, il paraît déjà tout proche. Il reste tellement de choses à faire pour pouvoir démarrer dans de bonnes conditions. Au fond de notre terrain, là où se trouve encore aujourd’hui la prairie, nous allons installer le jardin de production, avec une grande serre tunnel. Notre potager actuel évoluera progressivement vers un jardin expérimental consacré à de nouvelles variétés et aux légumes vivaces. Un endroit où nous pourrons essayer, observer et apprendre, mais aussi un jardin qui sera simplement agréable et amusant à parcourir. La grange doit elle aussi être transformée en un endroit chaleureux, avec un espace consacré à la vente. Mais avant cela, il va falloir faire pas mal de rangement. Les soirées qui s’allongent sont désormais remplies de livres, de listes et de plans, tandis que nous essayons d’accumuler autant de connaissances que possible. Nous ne savons pas encore exactement à quoi tout cela ressemblera. Mais peut-être que ce n’est pas nécessaire. Nous savons surtout dans quelle direction nous voulons aller, et les prochaines années nous montreront ce qui pourra y pousser.




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